Autour de « Must we mean what we say ? » de S. Cavell
Introduction :
« Devons-nous vouloir dire ce que nous disons ? ». Question déroutante au premier abord. Il ne s’agit plus ici de questionner le « sens », dans son rapport canonique à la référence mais envisager une autre dimension de ce que l’on dit, à savoir « son vouloir ». Mais Que peut-on entendre par « le vouloir » d’un dire ? Est-ce seulement sa capacité à suggérer (indiquer) quelque chose qui n’est pas énoncé explicitement dans ce que j’ai dit ? Dépend-il simplement l’intention (le « vœu » du locuteur)? Sur quels chemins nous mène cette recherche sur ce que nous voulons dire, et quelle nuance apporte la question de savoir si nous devons ou non « vouloir dire ce que nous disons » ?

C’est là un vaste champ problématique, d’autant plus vaste qu’il ne faut pas minorer la portée « provocatrice » de cet acte de naissance philosophique de Stanley Cavell. Cette conférence[1], prononcée en présence d’Austin lors de la réunion de l’Association Américaine de Philosophie de décembre 1957 « est explicitement une défense du travail de [son] maître, Austin, contre une attaque qui rejetait ce travail comme non-scientifique, refusait de l’inclure dans les rangs de la philosophie ». C’est pourquoi il nous faut avant toute chose présenter le « contexte » d’énonciation de ce texte si fondamental chez Cavell puisqu’il est « un article qu’[il] utilise toujours, c’est-à-dire celui dans lequel [il a] trouvé [sa] voix philosophique (ou sa trace) » (Idid.), pour introduire et comprendre tous les enjeux du problème posé par le vouloir dire ce que nous disons.
L’appel cavellien de la prise en compte de la philosophie du langage ordinaire, lancé cette année-là et réaffirmé lors de la parution de Must We Mean What We Say en 1969, s’est fait à une époque où la philosophie analytique régnait sans partage sur le monde universitaire anglo-saxon. Héritière[3] de l’empirisme logique viennois, qui a placé la logique et le vérificationnisme sur un trône, la « critique institutionnelle » tend à disqualifier les procédures de la philosophie ordinaire en les plaçant tout simplement hors du champ philosophique, en déclarant ces dernières irrecevables du fait de leur refus de se fonder sur des données empiriques, c’est-à-dire comme ne remplissant pas les conditions de vérifiabilité empirique.
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